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Daniel BERMOND, Gustave Eiffel,
Paris, Perrin, 2002, 502 p., 23 euros
. Michel CARMONA, Eiffel, Paris, Fayard, 2002,
635 p., 23 euros
Compte
rendu par Joanne Vajda, juin 2003
Dire que le mythe Eiffel n’a pas fini de susciter le désir de cerner
précisément le personnage est une évidence, comme en témoignent les
deux biographies de Gustave Eiffel, parues à quelques mois d’intervalle,
la première, œuvre de journaliste, collaborateur aux revues Lire et
Histoire, l’autre œuvre d’un géographe et urbaniste professeur à
Paris IV-Sorbonne, qui a déjà publié dans la même collection une
biographie d’Haussmann (2000). Impossible donc de s’empêcher de les
comparer, d’autant plus que les deux ouvrages s’appuient
essentiellement sur le fonds Eiffel conservé au Musée d’Orsay. Et si l’on
verse à l'enquête les prédécesseurs des auteurs qui se sont
intéressés à la vie et à l’œuvre d’Eiffel (parmi les travaux les
plus récents on relève ceux de Bertrand Lemoine et de Bernard Marrey,
parus tous les deux en 1984, et celui d’Henri Loyrette, publié deux ans
plus tard), il est normal de se demander quel éclairage nouveau apportent
ces deux biographies et intéressant de voir comment chacun aborde le
sujet et lui donne forme.
Lorsque D. Bermond cite les archives privées détenues par les
descendants d’Eiffel à Bordeaux, M. Carmona enchérit en évoquant les
sources se trouvant à l’étranger, notamment en Espagne, au Portugal et
en Hongrie. Tandis que D. Bermond mentionne généralement ses sources
directement dans le texte ou à l’aide de notes de bas de page, mais
sans les localiser, la biographie écrite par M. Carmona cite de nombreux
écrits sans aucune indication de source, ce qui est regrettable pour les
chercheurs qui souhaitent approfondir certaines pistes. On retrouve
parfois les mêmes citations dans les deux biographies. Une bibliographie
raisonnée accompagne l’ouvrage de Daniel Bermond, tandis que Michel
Carmona a choisi l’ordre alphabétique pour citer les ouvrages sur
lesquels il s’appuie.
Il n’est pas évident pour les deux auteurs de s’affranchir de l’image
de la tour (qui apparaît sur les deux couvertures), peut-être pour des
raisons touchant aux sources qu'ils ont utilisées – ou de marketing
éditorial -, mais du coup ils s'obligent à passer sous silence un
certain nombre de réalisations d’Eiffel et, surtout, la manière dont
il a obtenu tous ces marchés, qui aurait peut-être permis de mettre en
lumière le réseau relationnel de Gustave Eiffel. Si M. Carmona donne,
par exemple, des explications sur la manière dont l’ingénieur
français arrive à construire la gare de l’Ouest à Pest, on apprendra
peu de choses sur son activité internationale, qui se déploie pourtant
en Suisse, en Roumanie, en Russie, en Egypte, au Pérou, en Bolivie, au
Chili, en Espagne, au Portugal et même aux Philippines, sans parler de l’Algérie
et de la Cochinchine.
La biographie de D. Bermond se divise en 13 chapitres répartis en quatre
parties, qui se suivent par ordre chronologique : la première traite de
la famille et évoque les débuts du jeune ingénieur, la seconde de l’entreprise
(1862-1879), la troisième de la construction de la Tour (1879-1893) et la
dernière de son activité scientifique (1893-1923). A plusieurs reprises,
l’auteur refuse de s’attarder sur les nombreux chantiers d’Eiffel,
se contentant d’en énumérer quelques-uns.
Celle de M. Carmona est découpée en 15 chapitres et c’est également l’ordre
chronologique, logique pour une biographie, qui est respecté.. Après l’enfance
et l’adolescence, il décrit les premiers pas dans les affaires d’Eiffel
(1856-1862), puis leur mise en route (1862-1874). Les deux chapitres
suivants s’intitulent « De Budapest à Porto (1874-1877) » et « De
Paris à Garabit (1878-1884)". Un chapitre est ensuite dédié à l’année
1884, les trois suivants analysent la naissance et les travaux de la Tour.
Puis, M. Carmona évoque le chantier des écluses et du canal de Panama et
le scandale qui l’entoure, l’achèvement de la Tour et, comme D.
Bermond, il termine en énumérant les activités scientifiques auxquelles
le nom d’Eiffel est lié.
Les deux ouvrages montrent les limites du genre biographique par rapport
à un tel personnage. Tout n’a pas été dit sur l’entreprise Eiffel,
mais seules des approches différentes (par types de réalisations ou par
zones d’intervention) permettront la découverte de certains aspects se
trouvant encore dans l’ombre.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer : Il n’est
plus nécessaire de rappeler le rôle de Gustave Eiffel dans le
développement du réseau ferré. Avoir à portée de main une biographie
du personnage permet toujours des avancées dans la connaissance de son
influence. M. Carmona donne tout de même un aperçu de la capacité de l’entreprise
Eiffel à conduire simultanément plusieurs chantiers importants liés au
chemin de fer.
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