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Philippe
CHARRIER, Sociologie des imaginaires professionnels : le cas des
cheminots, Paris, Ed. Zagros, 2004, 254 p., 30 euros.
Compte
rendu par Joanne Vajda, février 2005
L’étude de Philippe Charrier investit le thème de la cohésion
professionnelle et traite des cheminots, partant de l’hypothèse que l’imaginaire
joue un rôle important dans la manifestation de cette cohésion et dans
sa façon de s’organiser. L’auteur s’interroge aussi sur les
sources qui ont permis sa construction. L’absence de lien particulier
avec ce monde professionnel lui a permis de conserver l’objectivité
nécessaire à un tel travail, basé sur l’analyse des pratiques
quotidiennes des cheminots, des discours officiels et des propos tenus
par le personnel cheminot, ainsi que sur ses observations lors des
stages effectués dans l’entreprise.
Après avoir replacé les objectifs de la sociologie des imaginaires
professionnels par rapport à la sociologie des professions et à celle
de l’imaginaire, l’auteur fait ressortir les principaux aspects sur
lesquels se fonde l’imaginaire cheminot et l’organisation de la
profession, la sécurité, le réseau et le technicisme.
Il décèle à travers le conflit de novembre-décembre 1995 une
mutation de la cohésion et de ses sources. Durant cette grève, les
cheminots construisent en effet l’image d’un groupe professionnel
uni qui se mobilise et adhère aux mêmes représentations liées à la
dignité, à la rigueur et à la conscience professionnelle.
Philippe Charrier s’intéresse à la façon dont le rapport aux objets
techniques induit un imaginaire spécifique, identifiant trois figures,
celle de l’artisan-compagnon, celle de l’ouvrier et celle de l’opérateur.
Il analyse ensuite les images projetées sur les cheminots par la
littérature, qui influent sur les sentiments de cohésion des cheminots
actuels.
Dans le dernier chapitre, l’auteur synthétise l’imaginaire
professionnel des cheminots, qui s’organise autour de quatre logiques,
celle de la possession, celle d’action, celle de valorisation et celle
de la mise en place d’un cadre pérenne. Philippe Charrier est
conscient du fait que la cohésion sociale d’un groupe professionnel n’est
jamais définitivement acquise, malgré l’existence d’un imaginaire
professionnel. L’instabilité de cette cohésion vient, selon lui, du
fait que les dirigeants de la SNCF ne font pas partie de cet imaginaire,
étant considérés comme des acteurs extérieurs qui entretiennent un
dialogue tendu à l’intérieur de la SNCF, parce que leur légitimité
risque à tout moment d’être remise en cause.
Intérêt pour l’historien des chemins de fer : Cette étude
éclaire un aspect moins connu de la « grande famille des cheminots »
et peut-être plus difficile à saisir par l’historien, faute de
sources. Celui-ci trouvera ici une série de questionnements qui
devraient lui permettre d’aborder plus facilement l’histoire des
représentations.
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