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ECHORAIL N°88 mai 2000

Lulu en Baie de Somme

On en parlait depuis un moment déjà, et cela s'est concrétisé. Après accord avec le C.F.B.S., la 030T des CdN fut chargée le 28 mars sur le camion habituel, et partit retrouver l'air marin, situation qu'elle avait connue durant sa jeunesse.

Le rendez-vous était pris pour le samedi suivant pour le premier essai; 1er avril!! Après un départ matinal, la machine est sortie du dépôt de Saint Valery pour effectuer son premier essai en ligne. Il s'agissait de remorquer un train composé de 3 voitures Somme et de la voiture du réseau breton, réservé pour le présentateur de télévision Michel Chevalet (fidèle copain des gens du C.F.B.S.) de Saint Valery à Noyelles sur mer pour se mettre en bielles, et si tout allait bien aller ensuite monter la rampe de Cayeux.

Comme cela nous démangeait, nous sommes allés faire un petit tour jusqu'à l'écluse, pour prendre quelques photos. Après le repas, vers 15 heures, ce fut l'heure du départ. Ce n'est pas sans une certaine émotion et tension que nous sommes partis avec Arnaud Girode pour pilote. Même si nous connaissions bien la machine, à Butry, nous ne l'avions jamais testée sur des distances aussi importantes et à une vitesse soutenue. Nous craignions une boîte chaude, on ne sait jamais. Une fois la dernière aiguille du dépôt franchie nous accélérons. On apprendra nous roulions à un bon 35 km/h. Pour nous dans la cabine pas de problèmes. Arrivés à quai, le tour de la machine est fait sans rien déceler d'anormal, les clavettes vérifiées, pas de boîtes chaudes, rien, le rêve! Le signal du retour est donné et après quelques centaines de mètres, un drôle de bruit se faisait entendre. Là-dessus, Arnaud, en se penchant, m'a dit "Olivier tu perds une bielle!" Un peu incrédule, je lui répondis: "Tu déc...! (On était le 1er avril!)" mais Arnaud renchérit et nous arrêtâmes d'urgence. Nous avions perdu un axe de biellette du petit mouvement et cette dernière pendait lamentablement dans le ballast. Après une longue recherche, l'axe fut retrouvé, remonté avec une rondelle de fortune et goupillé (nous en avions emmené au cas où). Nous sommes repartis tranquillement au point de départ sans problèmes. Les gens du C.F.B.S. se proposèrent de nous faire la modification de tous les axes.

Distance parcourue 16 kilomètres.

Le mercredi 12 avril suivant, de nouveau, le cap est mis sur la Manche. L'équipe était constituée de notre cameraman, de Philippe Mougenot qui avait usiné de nombreuses pièces pour la machine, de Patrice Berten, de Bruno Hyron et moi-même. Les modifications au niveau de l'embiellage avaient été réalisées, il nous restait quelques mises au point. Il fallait être prêt pour 14 h 30 pour train le régulier du mercredi. Une fois sur le port, en tête de la même rame, le départ est donné pour Noyelles avec pour pilote notre éternel comparse du C.F.B.S.: Marc Beaufils. Bruno est au manche en fer et votre serviteur au manche en bois. Le trajet s'est passé sans souci, la machine gazant à merveille. Après les manœuvres à Noyelles c'est en tête d'une rame composée de 5 voitures suisses et une Somme que nous retournâmes sans encombre à Saint Valery-Port. La suite du programme était de ramener la rame au Crotoy et de rentrer haut le pied au dépôt. La confiance venant, nous nous sommes permis de tirer sur la machine pour la pousser un peu, et quelle que soit la rame ou la vitesse, elle répondait parfaitement.

Distance parcourue 44 kilomètres

Enfin arriva le festival des 15 et 16 avril.

Le samedi 15 c'etait l'équipe Jean-Pierre Carrouget, Bruno Hyron, Marc Beaufils et Daniel Schulmann qui officiait. Je ne vous raconterais pas les détails, n'étant pas de service ce jour, mais aucun problème n'a été rencontré si ce n'est que le matin, un coupon de rail démonté par des chasseurs mécontents pour bloquer le trafic quelque temps.

Durant ce jour, la machine parcourut 52 kilomètres.

Le dimanche 16 l'équipe Henri Dupuis le célèbre sauveteur de Lulu, Marc Beaufils en pilote et moi-même en chauffeur assure le service. Après un réveil vers 5h30 du matin, direction le dépôt pour préparer la loco. Après les corvées habituelles, c'est en tête du train composé de la voiture salon et de la rame marchandise que nous sommes partis pour Noyelles. Henri, n'ayant jamais conduit son bébé sur de grandes distances, était un peu tendu. Après la mise en confiance, il s'en donnera à cœur joie et roulera toujours à un rythme soutenu. La machine est puissante (plus de 400 chevaux), stable, et gaze très bien. Une anecdote pour vous prouver ces capacités:

Vers midi le dimanche, un bruit court que le charbon fait du mâchefer sur les autres machines. Mettant à profit le temps du déjeuner, j'ai pris la décision de nettoyer le foyer. J'ai gardé juste une pelle de braises et jetais tout le reste pour repartir avec un feu neuf. Pendant ce temps, l'ami Marc est allé chercher nos plateaux-repas. Quand tout d'un coup, le responsable de l'exploitation, Jean-Michel Candillon, nous demande de nous mettre en tête de la rame et de partir pour le Crotoy afin de désengorger la gare au moment de l'arrivée d'un spécial. (Gloup!) Il ne restait plus que 4 bars de pression, un demi-tube d'eau et ma pelle de braises. Une recherche frénétique de petit bois est improvisée et souffleur ouvert le feu est, petit à petit, réallumé. Dix minutes plus tard, nous étions en tête de notre rame avec 8 bars mais toujours avec un demi-tube d'eau. Nous acceptons le départ et en route! Henri démarre tranquillement afin d'économiser la vapeur. La pression remontait rapidement et au premier passage à niveau (environ 1,5 kilomètre) la machine était pleine d'eau avec les soupapes levées! C'est vous dire!...

La journée s'est terminée vers 20 h 30 après avoir ramené la voiture salon et je crois que ce fut là qu'Henri a battu le record de vitesse de ces quatre journées. La fête était finie la machine venait de parcourir 70 kilomètres et avaitconsommé environ 1,6 tonne de combustible.

Ces journées seront, pour nous tous un grand souvenir, personnellement comme on dit, je me suis pris un pied dans le style "godasse de clown", et nous ont montré la nécessité du déménagement de notre musée sur un site où notre matériel pourra être mis en valeur et s'exprimer dans de bonnes conditions.

Je voudrais également en profiter pour remercier tous les responsables du C.F.B.S. et leurs salariés, qui se sont montrés très sympa à notre égard, qui nous ont aidés techniquement lors des essais, et qui nous ont soutenus lorsque des responsables du Conseil Général du Val d'Oise sont allés les rencontrer pour notre projet de transfert.

Je crois pouvoir ajouter que le rendez-vous est déjà pris pour dans 2 ans pour faire encore mieux, mais nous vous en reparlerons.

 

Lulu de retour à Versailles

Notre chère Lulu, la 030T CdN, apprécie de se rendre en visite dans l'ancienne capitale royale. Après un premier passage en septembre, elle y est revenue avec la voiture B328 des CBR. Arrivée vers 9h du matin, sur le camion UTA, elle est immédiatement déchargée sur la voie provisoirement posée au centre de l'Avenue de Paris face au château de Louis le Quatorzième. Cette voie longue de 150m permit au court convoi de réaliser de nombreux aller-retour. La voiture a été littéralement prise d'assaut pendant 4 heures malgré les averses aussi violentes que courtes. C'est vers 19h qu'elle a repris le chemin du Musée où elle arriva le lendemain.

Reflexions sur la préservation en 2000

par H. Dupuis (Vice-Président)

De récentes discussions, avec d'autres responsables d'associations de préservation, nous amènent à poser quelques questions essentielles sur l'avenir de notre petit monde.

Il y a 30 ans, on pouvait encore créer, ou plus exactement sauver, ligne et matériel en voie étroite. De nos jours, ce type de préservation n'est plus possible qu'en voie normale, et encore il faut oublier la vapeur, à moins d'avoir les moyens d'aller acheter, à bon prix, une loco dans les pays de l'Est. Il faut aussi et surtout, que le chemin de fer créé corresponde à un besoin, sur un site ayant des atouts touristiques. Combien de ces lignes, qui vont de nulle part à ailleurs, végètent soutenues par la foi de quelques irréductibles souvent condamnées à l'extinction... Il est clair que seul deux atouts peuvent attirer les visiteurs: le premier est le site qui doit être touristique, et le train en est le moyen d'accès privilégié; le deuxième étant la qualité du matériel mis en circulation, une loco à vapeur compensera partiellement l'attrait d'un paysage moyen (à condition encore d'être sur un axe de passage). Alors que penser aujourd'hui quand on nous annonce la création, par une association forte de 3 membres actifs (c'est la moyenne), d'une ligne à voie métrique sur la plate-forme d'un ancien secondaire plus ou moins célèbre, disparu depuis cinquante ans dans un coin très agréable de France mais peu connu pour son afflux de touristes. Cette création se fait sur une plate-forme qui traverse des propriétés privées, et surtout avec du matériel dont on affirme aux élus connaître l'existence. Pour cause, il est chez les copains qui l'ont sauvé trente ou quarante ans auparavant, contre vents et marrées, à une époque où ce genre de sport vous faisait passer pour un doux dingue. Où étiez-vous à ce moment où nous aurions bien aimé à défaut d'un coup de main avoir vos encouragements?

Tout cela pour dire qu'en France, aujourd'hui en 2000, il ne me semble plus du tout réaliste d'essayer de créer un chemin de fer touristique en voie étroite et plus particulièrement en voie métrique: IL N'Y A PLUS DE MATERIEL HISTORIQUE DISPONIBLE. Depuis longtemps, les quelques lignes existantes et préservées se partagent ou s'arrachent les rares débris survivants. Ce qui n'est pas toujours sans grincements de dents, des exemples récents le prouvent, Aussi aujourd'hui, encourager la création de nouvelles exploitations à voie étroite me semble totalement inconscient. Ceci ne pourra déboucher à l'avenir que sur des jalousies et des récupérations de matériel dans le seul endroit où il y en a encore, c'est-à-dire dans les C.F. Musées implantés de longue date, et idem pour les membres actifs. Il faudrait maintenant que quelques doux rêveurs remettent les pieds dans le ballast et cessent d'encourager la dispersion des moyens humains et matériels. Notre force c'est l'union. Quand on mesure les difficultés rencontrées et le temps nécessaire par le MTVS pour obtenir le déménagement d'une collection pratiquement unique. Nous avons du mal à comprendre comment certains peuvent espérer créer quelque chose dans des contextes pires encore que celui qui nous oblige à quitter le site de Butry. Que d'énergies gaspillées, que de temps perdu.

Que ces propos ne soient pas mal interprétés, au MTVS quand nous le pouvons nous essayons d'aider quelques créations récentes, Mais ils deviennent nos concurrents quand il s'agit de la récupération d'une pièce de collection qui se trouve souvent être une épave que nous lorgnions longtemps avant eux, pour mettre en valeur notre musée. Dans ce contexte, la bagarre sera inévitable tôt ou tard.

Au MTVS, nous avons, au fil du temps, choisi notre créneau, celui des CF Secondaires et des Tramways à vapeur, nous sommes complémentaires du Vivarais, de la baie de Somme, de la Mure, de la Provence etc, qui sont tous de gros CF à voie métrique. Nous avons réussi par miracle à sauver dans les 25 dernières années un matériel qui pour la plupart provient de réseaux disparus depuis cinquante ans, peut-on aujourd'hui espérer faire mieux; personnellement je ne pense pas, essentiellement pour une question d'existence de pièces historiques libres.

Au MTVS nous avons essayé de développer quelque chose en région parisienne où les sites touristiques naturels ne sont pas légion, seule la collection du "MUSEE VIVANT DES CF SECONDAIRES ET DES TRAMWAYS A VAPEUR FRANCAIS" peut faire notre attrait, alliée à la qualité historique de nos restaurations. Alors comprenez qu'il est extrêmement désagréable d'entendre cette réflexion: "vous n'avez pas besoin de ce matériel, vous en avez déjà beaucoup".

En ce début de siècle si nous arrivons à partir sur le site de MAGNY c'est grâce à notre collection. Je ne pense pas qu'avec un diesel et quelques voitures à voyageurs bricolées, nous aurions présenté le même intérêt pour les élus du département.

Ces quelques réflexions, dont le développement est personnel, ne sont que l'aboutissement d'une situation que nous ne pourrons pas cacher indéfiniment. Malgré tout je tiens à ce qu'elles n'engagent pas le MTVS.

 Egalement au sommaire du numéro imprimé

 

 

     

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